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Le micro-crédit au service des femmes en Afrique
Eva Esztergar, Elhadji Babacar Mbengue | Mercredi 10 Mars 2010

Dans le cadre du projet international "Entrepreneuriat féminin et Solidarité numérique" lancé au Sénégal avec la collaboration de l’Agence Mondiale de Solidarité Numérique, Madame Vivianne Wade, Première Dame du Sénégal, était présente en Principauté de Monaco, sur l'invitation de l'AFCEM (Association des Femmes Chefs d'Entreprise de Monaco). L'occasion pour le Podcast Journal de faire le point sur la situation économique en Afrique et les développements possibles pour les femmes.
Écoutez Mme Vivianne Wade ainsi que S.E.M. Franck Biancheri en podcast audio, à la fin de cet article

Le micro-crédit, un instrument d’autonomisation de la femme africaine
Le micro-crédit occupe de nos jours, une place prépondérante dans la lutte contre la pauvreté en Afrique. Il constitue un instrument de démocratisation en ce qu’il offre aux exclus du système bancaire une opportunité de mettre en œuvre leurs initiatives. Pour les femmes d’Afrique, il sert de levier pour la création de richesse mais aussi un moyen d’accès à l’autonomie.

Instrument de lutte contre la pauvreté, le micro-crédit met à la disposition des personnes animées d’un esprit d’initiative des ressources financières faibles mais remboursables à court terme selon des modalités accessibles. L’objectif étant d’amener les bénéficiaires à stabiliser leur autosuffisance alimentaire, à assurer la prise en charge de l’éducation et de la santé de leur famille mais aussi et surtout à accéder à une autonomie permettant de préserver la dignité. Aujourd’hui, environ 3 milliards de personnes vivent avec moins de 2 euros par jour.

Origines et évolutions
Développé par le professeur d’économie, Muhammad YUNUS du Bengladesh, le système remonte à 1976.

En effet, lors d’une séance de travaux pratiques d’un cours d’investissement Muhammad Yunus proposa à ses étudiants d’interroger des fabricants de tabouret en bambou. Les 42 femmes artisans interrogées avaient besoin de 27 dollars pour développer leur activité. Devant le refus des banques de financer de trop faible montant à des clients à priori insolvables, Muhammad prit de honte, prêta la somme de sa propre poche. Ceci permit aux producteurs d’acheter d’avance le bambou sans subir les variations importantes des prix. Ainsi, ils réussirent à créer des emplois et à rembourser Muhammad Yunus.

Cet éminent professeur créa le Grameen Bank qui accorda environ 3 milliards de crédit à plus de 2,4 millions d’emprunteurs. Ce qui lui valut un prix de la paix décerné en 2006. Saluant le lauréat, Ole Danbolt Mjoes, Président du comité Nobel soulignait : "une paix durable ne peut pas être obtenue sans qu’une partie importante de la population trouve les moyens de sortir de la pauvreté".

Chemin faisant la méthodologie de crédit a pris de manière croissante la forme d’un produit individuel flexible remplaçant le crédit collectif choisi à l’origine.

Convaincu par l’efficacité de l’outil, les Nations Unies ont décrété 2005, année internationale du micro crédit. Ainsi, le micro crédit s’est inscrit dans une sphère plus large intégrant d’autres outils financiers tels que l’épargne et la micro-assurance.

Aujourd’hui devenu le mode financement le plus répandu en milieu pauvre, il compte 150 à 200 millions de bénéficiaires dans le monde.

Un levier de développement personnel pour la femme
Dans les pays en développement, le micro-crédit constitue un moyen de valorisation de la femme mais aussi un facteur d’évolution des sociétés par le rééquilibrage qu’il permet entre les deux sexes. En Afrique, l’on note une progression avec l’intensification des projets de micro finance pour les femmes rurales afin de renforcer leurs capacités de production.

Au Sénégal, le Fonds de l'entrepreneuriat féminin mis en place en 2003 a permis, à la couche défavorisée que constituaient les femmes, d’accéder aux services du micro-crédit soit par nantissement soit par caution collective. Plus d’une décennie après, de grands réseaux mutualistes se sont créés devenant de véritables banques avec pour conséquence un alourdissement des garanties exigées.

Par, ailleurs, grâce à la coopération luxembourgeoise beaucoup de projets de micro-crédit bénéficient d’un soutien à l’exemple du Microcred Sénégal, du réseau Pamécas et du réseau des caisses d’épargnes et de crédit des femmes de Dakar.

En dépit des avancées réalisées par le Sénégal qui compte plus 883 organismes de micro-finances, des efforts restent à faire dans la capacitation des bénéficiaires de crédit pour une meilleure maîtrise de la gestion de leur activité.


Encouragé et soutenu par les partenaires au développement, le micro-crédit est en passe d’aider à combler le fossé social qu’une trop grande disparité avait creusé et entretenu au détriment des plus faibles. Aujourd’hui qu’il semble porter les espoirs de millions d’être humains à travers le monde, son service doit être élevé au rang d’utilité publique.

La coopération monégasque cible en premier lieu les femmes, moteur du développement dans les pays les moins avancés
Le projet "Web cités", lequel a été initié en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), permet à 5000 femmes africaines d’accéder chaque année à des micro-crédits.
Les programmes mis en œuvre par les différents services gouvernementaux et associations de la Principauté de Monaco pour aider ces pays à sortir du cercle de la pauvreté, sont les activités génératrices de revenus, les micro-crédits, la santé maternelle et infantile, l'alphabétisation, les formations professionnelles, la lutte contre la pratique de l’excision et des actions ponctuelles spécifiques.

Lors des interventions internationales, ces domaines ont été mis en avant, notamment à Madagascar, au Niger et en Mauritanie avec la création, la réhabilitation et l’équipement de dispensaires en zones rurales. Ces centres permettent notamment à plusieurs milliers de femmes de bénéficier de soins appropriés, pré et post-accouchement, et d’avoir accès à des réunions de sensibilisation sur la santé, l’hygiène et la prévention de la malnutrition. Au Maroc, au Burkina Faso et au Mali, des groupements féminins - représentant 3000 femmes - sont soutenus pour accéder aux revenus complémentaires tout en bénéficiant de cours d’alphabétisation et de gestion, tandis qu'au Niger un programme d’alphabétisation a été mis en place dans 10 villages, pour 3500 femmes et leurs enfants, en partenariat avec l’UNESCO.

L’Association Mondiale des Femmes Chefs d’Entreprises dispose de délégations dans plus de 60 pays du monde. Le projet de création de "Centres d’affaires" est initié par l’Association des Femmes Chefs d’Entreprises de Monaco. La mise en place du projet pilote a été réalisée en collaboration avec la délégation des femmes chefs d’entreprises du Sénégal et du RASEF (Réseau Africain pour le Soutien à l’Entreprenariat Féminin), en début d'année 2010. Il devrait être suivi dans d’autres régions au Sénégal en 2010, puis au Cameroun, Tunisie et dans d’autres pays qui en ont fait la demande.

Ce projet a été annoncé officiellement le 24 novembre 2008 lors de la Conférence mondiale pour la solidarité numérique, en présence du Président du Sénégal, Maître Abdoulaye Wade, des hauts représentants de gouvernements et d’experts internationaux. L’AFCEM a sollicité l’Agence mondiale de solidarité numérique pour l’accompagner dans la phase de conception du projet pilote au Sénégal, développé sur trois axes d'action: l'entrepreneuriat féminin, les micro-finances, les technologies de l’information et de la communication.

L'accord signé avec les Femmes Chefs d’Entreprises de Monaco pour soutenir la création de centres d’affaires en micro-finance, gérés par des femmes au Sénégal permettra d'atteindre les objectifs à plus large échelle.

Le micro-crédit au service des femmes en Afrique
Le partenariat public-privé s'est concrétisé lors de la signature de l'accord tripartite entre la Direction de la Coopération Internationale et la Chambre de Développement Économique et les entreprises monégasques s'activant en Afrique. "Des exemples concrets de projets d’aide au développement initiés dans le cadre de cette commission ont été présentés et de nouvelles synergies sont attendues."
Écoutez en podcast audio S.E. M. Franck Bianchéri, Conseiller de Gouvernement monégasque.

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